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Mario Balotelli : L’artiste maudit qui a refusé d’être un athlète

De l’éclair de Varsovie aux terrains boueux de Suisse, retour sur l’itinéraire chaotique d’un génie qui a préféré vivre mille vies plutôt que de n’en réussir qu’une seule.

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Coach Carter
11 janvier 2026 à 23:113 min de lecture
Mario Balotelli : L’artiste maudit qui a refusé d’être un athlète

C’était le 28 juin 2012, à Varsovie. Vous vous souvenez de cette image ? Ce moment suspendu où, après avoir foudroyé Manuel Neuer d’une frappe de brute pure, Mario Balotelli retire son maillot, contracte chaque muscle de son torse et fixe le vide avec une arrogance impériale. À cet instant précis, il n’est pas seulement un footballeur. Il est une promesse. La promesse que le football mondial a trouvé son nouveau roi pour la décennie à venir.

Douze ans plus tard, la statue s’est effritée. Pas à cause du temps, mais à coups de marteau donnés par l'artiste lui-même.

Mario Balotelli est aujourd'hui de retour en Serie A, au Genoa, pour une énième "dernière chance" (on a arrêté de compter à la septième). Mais pourquoi continuons-nous de regarder ? Pourquoi ce besoin viscéral de croire, encore, au mirage ? Parce que Balotelli incarne l'antithèse absolue du football moderne aseptisé.

"Mario a le talent pour être l'un des trois meilleurs joueurs du monde. Mais il préfère être Mario." — Roberto Mancini

Le refus de la machine

À l'ère des Erling Haaland et des Kylian Mbappé, ces cyborgs programmés pour l'efficacité statistique et la communication lisse, Balotelli fait figure d'anomalie romantique. Il est le jazz dans un monde de techno. Il n'a jamais voulu la discipline. Il voulait l'éclat.

Regardez sa trajectoire. Ce n'est pas une carrière, c'est un électrocardiogramme sous amphétamines. Il est capable de marquer de l'épaule, de mettre le feu à sa propre maison avec des feux d'artifice la veille d'un derby, ou de se battre avec son coach parce qu'il refuse de courir.

Est-ce du gâchis ? C'est ce que diront les comptables du football. Ceux qui regardent les fichiers Excel. Mais pour Mario, le football n'a jamais été un travail. C'est un jeu. Et quand le jeu devient une contrainte, Mario s'ennuie. Et quand Mario s'ennuie, il détruit.

Club / PériodeLe Bilan "Super Mario"
Manchester City (2010-2013)L'apogée. Une passe décisive pour le titre, un T-shirt "Why Always Me?" et une légende née dans le chaos.
Liverpool (2014-2015)Le fantôme. Klopp et Rodgers n'ont jamais compris le mode d'emploi. Un échec cuisant.
OGC Nice (2016-2019)La résurrection inattendue. 43 buts. Il prouve qu'avec de l'amour, il peut être létal.
FC Sion (2022-2023)La farce tragique. Doigts d'honneur aux supporters, ivresse, relégation. Le fond du gouffre ?

L'éclat de sa propre légende

Le problème de Balotelli, c’est qu’il est devenu un créateur de contenu avant l’heure. Ses frasques sont plus célèbres que ses buts. Qui se souvient de son score xG (Expected Goals) en 2015 ? Personne. Tout le monde se souvient de sa tentative de talonnade irrespectueuse en match amical contre le LA Galaxy.

Il a traversé l'Europe comme un touriste de luxe, de Milan à la Turquie, de la Côte d'Azur à la Suisse profonde. Partout, il laisse la même impression : celle d'un homme qui possède un don divin mais qui a perdu le ticket de caisse pour l'échanger contre de la constance.

Alors qu'il foule à nouveau les pelouses de Serie A avec le Genoa, ne vous y trompez pas. Il ne cherche pas la rédemption. Il ne court pas après un Ballon d'Or qu'il aurait dû gagner trois fois s'il avait eu le cerveau de Cristiano Ronaldo. Non, Mario joue pour l'instant. Pour cette adrénaline fugace d'une lucarne nettoyée. Le reste ? Les entraînements, la diététique, la tactique ? C'est pour les autres. Pour les mortels.

Balotelli n'est pas un échec. C'est un rappel brutal que le talent pur, sans la faim de loup, n'est qu'un magnifique feu de paille. Et bon sang, qu'est-ce qu'on a aimé le regarder brûler.

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Coach Carter

Tactique, stats et mauvaise foi. Le sport se joue sur le terrain, mais se gagne dans les commentaires. Analyse du jeu, du vestiaire et des tribunes.