Annie Genevard : Les 300 millions de la peur (et le mirage Mercosur)
Alors que les tracteurs chauffent de nouveau le bitume en ce début 2026, la ministre sort le chéquier d'urgence. Analyse d'une stratégie de pompière qui tente d'éteindre un incendie structurel avec des billets de banque et des tirs de loups.
Il y a une odeur de déjà-vu rue de Varenne. Janvier 2026 ressemble à s'y méprendre à janvier 2024, mais en pire. Annie Genevard, reconduite dans ses fonctions, vient de dégainer son « paquet de mesures » du 9 janvier : 300 millions d'euros pour calmer la fièvre. Sur le papier, le chiffre claque. Dans les cours de ferme, il résonne comme une pièce jaune jetée dans un puits sans fond.
La ministre joue une partition risquée : celle de la « câlinothérapie budgétaire ». Elle écoute (beaucoup), elle compatit (sincèrement, sans doute), mais au moment de payer l'addition des maux structurels, elle se retrouve avec les poches quasi vides de l'État endetté. Sa stratégie ? Saupoudrer de l'argent frais sur les urgences sanitaires pour éviter que la Coordination Rurale ne renverse la table avant le Salon de l'Agriculture.
| Promesse (Le Rêve) | Réalité (Le Chèque du 9 Janvier) | Verdict de l'Analyste |
|---|---|---|
| Arrêt total de la décapitalisation | 22M€ pour la Dermatose Nodulaire (DNC) | Un pansement. Ça couvre les pertes sèches, pas le manque à gagner futur. |
| Souveraineté hydraulique massive | Fonds hydraulique triplé (60M€) | Mieux, mais les projets de retenues d'eau restent bloqués par les recours juridiques. |
| Protection des troupeaux | +10% de tirs de loups autorisés | Mesure symbolique gratuite. Ça défoule, mais ça ne remplit pas le frigo. |
Le véritable éléphant dans la pièce, celui que les 300 millions tentent maladroitement de cacher, c'est le Mercosur. Bruxelles pousse, le stylo est en l'air. Annie Genevard martèle que la France a des « lignes rouges ». Mais soyons sérieux un instant : a-t-elle réellement le poids politique pour tordre le bras à la Commission et à l'Allemagne simultanément ? (Spoiler : les tracteurs allemands ne bloquent pas Berlin pour les mêmes raisons).
On ne paie pas le gasoil avec de la compassion, ni avec des promesses de clauses miroirs invérifiables.
Sa stratégie de « réarmement agricole » repose sur un pari cynique : donner des gages sur l'écologie (moins de normes, plus de tirs de loups, révision des phytosanitaires) pour faire passer la pilule d'un revenu qui ne décolle pas. C'est politiquement habile pour séduire la base conservatrice, mais économiquement, c'est un leurre. Autoriser plus de pesticides ne fera pas remonter le cours mondial du blé.
En ciblant les éleveurs avec le fonds DNC et les céréaliers avec le plan protéines, Genevard tente de diviser le front syndical. Si la FNSEA accepte le deal, la Coordination Rurale se retrouvera isolée. Mais si la base déborde ses chefs comme l'an dernier, la ministre n'aura plus de fusibles. Elle a acheté la paix sociale pour quelques semaines. Reste à voir si le crédit tiendra jusqu'en mars.